vendredi 24 août 2012

Sans paroles.

 Yamoussoukro .Notre Dame de la Paix.
Abidjan. Hôtel Ivoire.
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Abidjan.Cathédrale Saint Paul.




-Vous m’avez tous reconnu, même les nouveaux venus au Village Ivoire.
Massimo  Vicentelli, très bel homme, vêtu de lin blanc de pied en cap, cravate et chaussures comprises ouvre grand ses bras dans un geste d’accueil  très latin. Architecte de renom il est pourvu de toutes les qualités, souvent cachées par l’énervement que provoque autour de lui, l’étalage d’un égo surdimensionné.
-Dans ce dixième étage de la tour du Village Ivoire que j’ai imaginé il y a quelques années avec ses verrières sur trois cent soixante degrés qui vous permettent de jouir de la chaude nuit étoilée dans une ambiance climatisée, je lève avec vous ma coupe aux plus belles réussites des temps modernes, les miennes.
Dans l’élégant salon de réception  il y a l’habituelle faune du samedi soir. Invitée  par la direction politico-commerciale de l’hôtel  Ivoire. Ambassadeurs et consuls, directeurs des différentes unités d’enseignement supérieur, représentants des corps constitués, le général  Dialo, les hôtes privilégiés temporaires ou permanents comme ceux  que leur ministère de tutelle en France loge ici gratuitement,  l’évêque Bogué, géant d’ébène… Tous à part le monseigneur sont venus avec leurs épouses embijoutées, la majorité au sourire anémié par l’abus de nivaquine. En général elles se regroupent pour parler de leurs enfants :
-Comme vous ma chère j’ai toujours sur moi un billet de retour pour eux, avec toutes ces maladies…
De leur domesticité :
-Ces boys sont idiots et quels voleurs! J’ai du cacher mes bijoux dans la chasse d’eau…Ils continuent à étendre la lessive sur la pelouse à mouches et je viens de me faire enlever encore un chapelet de filaires lovés sur le bras… On entend des bavardages :
-Avez vous écouté  le jeune Alpha Blondie ?....
-Je préfère Cissoko, et la musique Mandingue …..
-Viendrez vous dimanche manger le poulet attiéké à Assinie ?...
Le Consul de France à Abidjan s’approche de son collègue et ami de l’ambassade de Grande Bretagne :
- J’ai encore du, ce matin accompagner à l’aéroport le cercueil  pour rapatriement d’un malheureux V. S.N… A nouveau un jeune coopérant piégé au « mariage domino », envahi, saigné, par la famille de madame, le coup classique, il s’est pendu hier.
Dans un coin, un peu isolé, un ex-empereur, en résidence surveillée, trempe voluptueusement dans le champagne des lèvres cannibales… Massimo reprend le tapis :
-Approchez vous de cette table, certains d’entre vous ne connaissent pas la maquette de Saint Paul, la cathédrale du plateau que j’ai réalisée, seul,  suivant le désir de notre Président.
Une  énorme charpente   de  balsa représente un éléphant couché, antérieurs repliés.
-Une cathédrale, dites-vous ? S’ahurissent les nouveaux arrivés qui n’ont pas encore vu la réalité de ce monstre Catholico-éléphantesque.
- Bien sûr une des plus belles au monde et symbolique de la bénédiction de Dieu sur l’emblème de la République. Mais il y a mieux ! Demain je dois aller à Yamoussoukro, je peux amener en convoi ceux d’entre vous qui le désirent et vous verrez l’équivalent de Saint Pierre de Rome que j’ai bâti en un temps record !
Après la longue route d’une rectitude parfaite Massimo et ses invités débarquent sur un immense parking absolument désert bordé d’immeubles aveugles d’un luxe déjà poussiéreux. Ils ne cachent pas leur étonnement à Massimo qui explique :
-La capitale, dans les terres, n’est pas encore très habitée...Mais il faut anticiper et voir grand. J’ai conçu cette superbe mégapole sur le modèle de Brasilia avec des gratte-ciels et de vastes avenues à angle droit. Venez, nous allons visiter la cathédrale Notre Dame de la Paix le plus grand édifice chrétien au monde, consacrée par Jean Paul II, où j’ai fait travailler quinze mille ouvriers.
- Mais s’inquiète un gros banquier hollandais, combien  a-t-elle coûté ?
-Quarante millions, mais pas d’inquiétude, c’est le Président qui l’a payée sur sa fortune personnelle !!! Tout de même; lance le banquier! qui calcule in petto le pourcentage touché par l’architecte ! Des yeux incrédules sont éblouis par la magnificence de cette réalisation,incongrue, totalement inanimée… Tout petit sur la gigantesque esplanade, un noir balaie mollement la poussière rouge accumulée.
- Mais qui fréquente cette église, je croyais la population ( invisible ici) profondément animiste ?
- Avec un sourire cynique, Massimo : Vous savez un ou trois dieux en un, de plus ou de moins,au fond ça ne gêne personne du moment qu’on croit en la protection et qu'on peut chanter et danser l’office ; et puis... les sièges sont climatisés. Dans le groupe un ahurissement indigné reste muet mais se généralise.
La visite continue au cours de cette excursion dans ces mails privée d'âme ; cela devient angoissant mais les malheureux n’en ont pas fini avec la visite de réalisations scandaleusement délirantes. Ils passent devant le colossal Hôtel Président muni d’un golf de 18 trous, les malheureux se croient dans un film de science- fiction, qui va jouer sur ce green entretenu pour rien ?
L'image des indigents affamés de Treichville et de tous les autres quartiers satellites des grandes villes s’impose à eux et leur malaise qui n’est pas du qu’à la chaleur humide, augmente.
-Maintenant je vais vous montrer la fantaisie du Vieux, il me l’a imposée; laisser au centre de cette ultra modernité un espace tribal, une sorte de réserve pour tous les siens réfractaires au progrès .
Mais ce n’est pas possible ! Cela dépasse l’imagination! Entouré d’un marigot artificiel d'eau nauséabonde, se dresse au centre d'une sorte d'îlot un village africain traditionnel,  glissant entre les cases on aperçoit quelques silhouettes furtives…
- Suivez-moi, justement il y a un car de touristes et vous allez assister à un spectacle très spécial mais, avec une grimace ajoute Massimo, que je trouve d’un goût douteux.
Un grand noir s’approche de la barrière, fragile qui clôt le lac. Il porte un lourd sac de jute dont le contenu parait assez remuant….
Le guide  des touristes :
-Vous allez avoir droit à la démonstration du dispositif sécuritaire génial imaginé par notre très aimé Président pour protéger son village natal.
Massimo, se recule après avoir salué le gardien des lieux :
- Salut Dickto, ça va l’argent ?
- Ça va, ça va, patron.
Dickto sort de son sac un poulet vivant, immédiatement l’eau bouillonne et un énorme crocodile surgit, avale la pauvre bête lancée à la volée. Les cris hystériques des touristes accompagnent le manège renouvelé jusqu’à ce que le sac soit vide. Dickto imperturbable empoche les pourboires.


Publié le mardi 21 aout 2012:
« Yamoussoukro/Drame Les caïmans dévorent l`homme qui les nourrit.
Un drame est survenu, le lundi 20 août 2012, au principal lac aux caïmans, à Yamoussoukro. Dicko Toké, né il y a environ 70 ans, a été entièrement broyé et dévoré par les animaux de ces eaux. Ce vieil homme, considéré comme l’ami de ces caïmans, crocodiles et autres alligators vivant dans les lacs, a trouvé la mort dans des conditions effroyables. Selon les informations en notre possession, il est environ 17h ce lundi quand, comme d’habitude, le « vieux » vient donner à manger aux animaux. En ce jour férié consécutif à la fête du Ramadan célébrée la veille, les visiteurs sont nombreux. Des touristes, pour des souvenirs, invitent le « vieux » à s’approcher plus de ces bêtes pour des prises de vue. Ce que l’homme accepte sans problème étant donné qu’il n’était pas à sa première expérience. On voit donc le vieux Dicko tenant en main la queue d’un caïman. Après avoir offert le spectacle aux nombreux visiteurs, l’homme qui ne craint rien, tente de remonter. C’est en ce moment qu’un animal saisit le pan du boubou qu’il porte. Ce n’est pas la première fois que cela arrive, alors Dicko n’est pas véritablement ébranlé. Il se sert de sa machette pour se défaire de l’animal. Alors qu’il croyait être libéré, il glisse et c’est là que débute le malheur de celui qui, depuis plusieurs années, s'occupe des caïmans. Aussitôt, le plus colosse et le plus ancien des caïmans, surnommé le ‘‘chef de cabinet’’, entre en action. Il saisit le vieux avec sa grande gueule puis le conduit au milieu de l’eau. Ensuite, il commence à le déchiqueter comme un vulgaire morceau de viande ». 

6 commentaires:

  1. c'est un vrai roman.Bonne journée
    bisous COUREUR

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    1. A part les noms propres tout est vrai, hélas...
      Je pensais que "L'écriture automatique caniculaire" était plus dans tes cordes.

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  2. tous les crocodiles ne sont pas planqués aux îles Caimans!!!!
    bellemiche

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  3. tous les crocodiles ne sont pas planquéq aux îles Caimans!!!!
    bellemiche

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  4. tous les crocodiles ne sont pas planqués aus ILES CAIMANS!!!!!
    bellemiche

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    1. On dirait même qu'ils se reproduisent ici...

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