mardi 13 septembre 2011

Vanités...

Excellente idée de rediffuser sur Arte, en ce dimanche 11 septembre, le film de Brian De Palma :
« Le bûcher des vanités ».
LE LiVRE de Tom Wolfe t’avait offert plus de neuf cent pages de jouissance littéraire et tu attendais du film un complément de plaisir. En fait dans l’adaptation il n’y a qu’une exactitude ; la reprise du titre.
Où sont passés les truculents personnages de cette histoire dramatico-humoristique de la vie new-yorkaise ? Qu’est devenu le thème si justement antiraciste qui l’anime ? Par une originale approche l’auteur démontre que les hommes et les femmes indépendamment de la couleur de leur peau, sont tous égaux dans la vanité .Si un fait quelconque la perce et la dégonfle, chacun devient inexistant ou pire veule et odieux.
D’une parfaite actualité, on retrouve dans l’œuvre de Tom Wolfe le monde fiévreux de la bourse, avec ses « Maîtres du monde »… on croit voir, après le crash, le visage laminé d’un Jérôme Kerviel…
On pénètre le monde la justice avec ses ambitions carriéristes amenant des comportements déviants, des compromissions pour calmer le jeu entre les communautés, comment ne pas penser à D.S.K amené en comparution, menotté, entre une haie de femmes de chambres noires et leurs supporters hurlant des injures ?
A Bacon, auto proclamé Révérend s’applique à juste titre l’expression « haut en couleurs », il est le prototype de ces prétendus inspirés , charmeurs, au pouvoir insensé sur des foules crédules, collecteurs de deniers pour des bourses sans fond !Combien en avons-nous entendus de ces prétendus religieux , d’une obédience ou d’une autre, dans une aura de gloire céleste ,baignés de chants fervents , prêcher ardemment la violence …
La presse n’est pas non plus épargnée avec ses intrigues, ses réseaux et ses journalistes prêts à tout pour un scoop. De révélation en révélation, parfois contradictoires, ils font et défont les réputations jusqu’au crime d’intention ! Trop d’exemples à citer.
Les politiciens ,tirent des ficelles ,acceptent dans le système du renvoi d’ascenseur et le jeu de « contrats » secrets , d’être manipulés à leur tour…
Tous ces personnages qui agissent dans ces épicentres mondialement nerveux, politique, finance, justice, presse, au cœur de cette intrigue bicolore fascinante à rebondissements multiples dans un enchaînement d’actions parfaitement maîtrisé s’expriment dans une langue incendiaire, percutante et drôlissime.
Un parfait régal.
LE FILM nous présente une triste caricature de l’ouvrage. Il semble que l’adaptateur et le scénariste aient joué à contre courant, dans leur impuissance à une fidèle transcription, leur démonstration fait un flop.
Ils n’ont pas su être fidèles au passionnant récit, et ont bousculé sans logique, le destin de ce jeune, gâté richissime dont la vie dérive brutalement. Ils ont ajouté inutilement une scène inventée, violente, de » pétage de plombs » ; elle n’est que la preuve de leur pauvreté dramaturgique.
Les dialogues compilent les grossièretés sans aucune nuance d’humour.
Et le casting ! Un gâchis d’excellents acteurs. Pour avoir l’air aussi perdus dans ce scénario, les comédiens avaient surement lu le livre !
Le rôle du révérend Bacon, bel homme au verbe brillant dans le livre, est tenu par une espèce de monstre, frère de King Kong…
Le regard ahuri de Morgan Freeman délivre le message : qu’est ce que je fais dans cette galère ?
Le personnage essentiel de Kramer est réduit à une sorte de guignol grimaçant et bégayant sans aucune épaisseur.
Bruce Willis, complètement ivre dans chaque séquence où il apparait , semble illustrer le fameux slogan : »tu t’es vu quand t’as bu ? »
Tom Hanks beaucoup trop jeune pour le rôle du puissant Sherman, joue l’innocence enfantine, parachutée d’un plateau d’Harry Potter.
Maria, l’incendiaire brunette aux formes voluptueuses de femme du sud, de tous les sud… est incarnée par la fragilité incolore de Mélanie Griffith…
Ce qu’on trouve réellement dans ce film :
Encore pas mal de petit bois pour entretenir le bûcher des vanités !
Une commémoration, comme une autre, d’un symbole de surpuissance parti en fumée.
 
 
 

8 commentaires:

  1. Mille fois d'accord avec cette analyse. Je regrette de t'avoir fait perdre ta soirée mais moi non plus je ne l'avais pas vu auparavant.
    Le livre reste un peu chef d'oeuvre.
    Henri5

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  2. Wow ! Manouche ! Qu'on te trouve vite un pupitre de critique quelque part, tu décoiffes grave. Je n'ai ni vu le livre, ni lu le film. J'attends la version radiophonique en braille, mais tu m'as vachement donné envie de démolir ma télé. J'irai en acheter une juste pour l'occasion.

    Bises,
    É.

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  3. n'ayant eu aucune reference au livre que tu as lu, je n'ai pas de commentaires aussi sevères que toi sur le film que j'ai vu et qui m'a plu.
    BELLEMICHE

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  4. youpi!!! bienvenue à Bellemiche!!!

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  5. OUF ! je m'étais tellement ennuyée que je n'étais pas allée jusqu'à la fin du film !
    tu me rassures .
    je me pensais nulle .
    mais j'ai acheté le bouquin, et , du coup, je vais m'y plonger avec délices
    à très bientôt, à 4 mains droites .. et 8 en tout !
    TZD

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  6. ahhh l' adaptation littéraire en dramaturgie, soit le mot versus image, restera un grand drame silencieux de notre époque !

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